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Economie Fiscalité

Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /2009 14:49

Interview de Liêm Hoang Ngoc.

Libération.fr -Septième rendez-vous en un an entre les banques françaises et l’Elysée, cette réunion est-elle un énième rappel à l’ordre sans grande conséquence ?

Liêm Hoang-Ngoc - Ce rendez-vous est une nouvelle opération de communication dont le Président de la République est coutumier. Il veut faire croire à l’opinion publique qu’il continue d’agir en cette rentrée, à l’heure où le chômage officiel passe au-dessus de la barre des 2,5 millions victimes. Si l’Etat avait voulu « moraliser » le système, il aurait pu le faire dès décembre 2008 lorsqu’il a décidé de recapitaliser les banques françaises. Il l’a malheureusement fait sans entrer dans le capital des banques, ce qui revient à procéder à un sauvetage sans contrepartie. L’Etat aurait au contraire pu entrer au capital des banques et alors décider, comme membre du conseil d’administration, de la politique de rémunération des dirigeants et des traders. Depuis, cette recapitalisation a atteint 21 milliards d’euros, dont 5 pour BNP-Paribas… Le gouvernement aurait également pu engager une vaste réforme fiscale pour corriger les inégalités qui se sont accentuées dans le capitalisme financier. Il affiche une certaine velléité de réduire le nombre de niches fiscales. Malheureusement, il a créé dès son arrivée une énorme niche de 15 milliards, appelée paquet fiscal, à l’intérieur duquel la quasi-suppression des droits de succession et le bouclier fiscal ne feront qu’améliorer la situation des gagnants du casino financier.

 



Nouveauté de ce jour, le systeme de malus. Est-il selon vous une bonne solution ? Peut-il décourager les opérations boursières risquées ?

LHN - Le système du malus consiste à ne pas verser les provisions faites pour les bonus, en cas de mauvais résultats. La BNP ne fait d’ailleurs rien d’autre que d’appliquer ce système, en annonçant une provision d’un milliard dont elle ne décidera du versement que dans quelques temps, conformément aux recommandations de la Commission européenne et du G20. Ce système découragera-t-il les pratiques risquées ? Ce n’est pas sûr, tant il ressemble au mécanisme des stocks options, qui consiste à immobiliser pendant un certain temps la récompense accordée sous forme d’actions, dans l’espoir que celles-ci engendrent des plus-values. Rappelons que le système des stocks options a notamment été créé pour inciter les cadres à tout faire pour que la valeur de l’action grimpe. Ce qui passe, pour rendre l’action attractive, par la maximisation de la rentabilité financière des banques, donc la « prise de risques » de ses traders, sous le regard bienveillant de leurs dirigeants...



Quelle influence aura Michel Camdessus, nommé contrôleur des rémunérations ?

LHN - Le Président de la République ne fait que copier Barak Obama, qui avait nommé un superviseur dans le conseil d’administration des banques faisant l’objet d’une aide de l’Etat, pour veiller à leur politique de rémunération. N’oublions pas qu’Obama avait pris cette mesure minimale, suite au refus du Sénat de voter sa proposition de taxer à 90% les primes des bénéficiaires de salaires supérieurs à 250 000 dollars !



Le fonds de consolidation peut-il permettre aux banques d’accorder plus de confiance aux PME ?

LHN - Rien n’empêche aujourd’hui les banques d’accorder des prêts à bas taux aux PME. Malheureusement cette activité est moins juteuse que les activités de marché qui ont permis à leurs profits de se maintenir. Par ailleurs, les encours de crédits accordés sont faibles parce que l’activité reste morose, signe que le plan de relance du gouvernement est insuffisant. Celui-ci n’est pas parvenu à relancer l’investissement, tandis que la consommation et les exportations n’ont tenu que grâce aux « primes à la casse » française et allemande (les Allemands achetant beaucoup de voitures françaises actuellement). Le gouvernement va mettre un terme à la prime à la casse, sans prendre de réelle mesure de nature à soutenir véritablement la consommation.



Le sommet du G20 peut-il déboucher, selon vous, sur une harmonisation internationale ou européenne dans la lignée de ces mesures françaises ? Si non, les banques, défavorisées, suivront-elles ces règles ?

LHN - Il appartient aux Etats de s’entendre pour coordonner leurs politiques fiscales et leurs réglementations du système bancaire. Tout dépend de leur volonté de s’affranchir des pressions des lobbies financiers, qui pensent que tout va pouvoir repartir comme avant sans que l’on n’ait fondamentalement à modifier les règles du jeu.



-Vous êtes partisan d’une entrée de l’Etat dans le capital des banques, est-ce la seule solution à vos yeux pour ramener de la « morale » dans le système bancaire ? Pourquoi ?

LHN - L’entrée de l’Etat dans le capital est pragmatiquement nécessaire pour nettoyer les bilans, encore gangrenés par des produits toxiques, ces derniers risquant de réapparaître avec la récession. On se focalise sur le crédit hypothécaire. Mais n’oublions pas que tous les crédits à la consommation ont été titrisés, y compris en Europe. Il y a en France une trentaine de milliards de crédits risqués aux entreprises (les LBO, qui sont des prêts gagés sur la valeur future des entreprises rachetées). L’entrée dans le capital des banques permettrait aussi de réorienter leur politique de crédit en direction des PME dans le cadre d’un véritable plan de relance tiré par une politique industrielle qui aurait un impact sur les carnets de commandes des sous traitants. Mais il faut, de plus, redéfinir les règles du jeu afin, notamment, d’encadrer sévèrement la titrisation1, à l’origine de la prolifération des dérivés de crédits toxiques dans les bilans des banques, qui rémunèrent grassement leurs traders pour spéculer sur ces produits.



Par WEB UMA2A - Publié dans : Economie Fiscalité
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Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /2009 14:36
Par Benoît Hamon


A l’heure où la plupart des dirigeants des pays occidentaux rivalisent de superlatifs pour professer qu’avec la crise financière « l’ère du secret bancaire est révolue » et qu’il faut « changer le système », le Parlement européen est, lui, passé aux travaux pratiques.

On estime chaque année le montant total de la fraude fiscale dans l’Union européenne à 200 milliards d’euros. Rapportée au budget de l’Union en 2008 (133 milliards d’euros) ou aux montants cumulés des déficits publics dans l’Union européenne, on comprend combien la perte de ces sommes colossales affecte les Etats membres. En effet, l’addition des plans de relance européens approche 1,5 % du PIB de l’Union, là où la fraude fiscale s’établit à 2 % du PIB. L’injection massive d’argent public pour sauver le système bancaire motive donc les Etats à réclamer de solides contreparties aux banques européennes pour recouvrer les recettes fiscales que le secret bancaire permet de leur soustraire. Ce contexte explique que j’ai trouvé une majorité au Parlement européen pour soutenir une politique ambitieuse de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, dont la portée dépasse la révision de la seule « directive épargne ».

 

Mon rapport propose à l’Union européenne de franchir une étape décisive dans trois domaines.

Le premier consiste à porter un coup direct au secret bancaire par l’abrogation en 2014 du système de retenue à la source encore appliqué par le Luxembourg, l’Autriche et la Belgique. En 2008, la France a reçu des pays pratiquant le secret bancaire 64 millions d’euros au titre des impôts dus sur les intérêts de l’épargne. 38 millions en provenance de la Suisse et 13 en provenance du Luxembourg, principales destinations européennes des résidents français pour leurs placements en épargne. Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Comment vérifier l’exactitude des sommes perçues. Cela échappe à Bercy comme à ses homologues de 24 des 27 Etats membres dont les ressortissants placent tout ou partie de leur épargne dans les pays de l’Union pratiquant le secret bancaire. Les parlementaires européens ont donc décidé que le système d’échange automatique d’information s’applique à tous les Etats. L’engagement de l’Europe à abroger le secret bancaire d’ici à 2014 est aussi un choix pragmatique qui place l’Union en position de force dans ses futures négociations avec la Suisse et tous les pays tiers qui accueillent aujourd’hui les milliards de l’évasion fiscale.

Le second acquis de ce texte porte sur le champ d’application de la directive. La fraude fiscale s’exerce la plupart du temps par personne morale interposée. Le champ de la directive a été élargi aux fondations et aux trusts derrière lesquels se cachent des personnes physiques cherchant à échapper à l’impôt. Le cas du Liechtenstein a illustré cette pratique mettant en scène une multitude de fondations factices abritant en réalité des contribuables allemands ou français indélicats. Au-delà de la question des supports juridiques à la fraude, la définition des produits financiers qui entrent dans le champ de la directive a fait aussi l’objet d’un âpre débat. L’ingénierie financière est sans limite dès lors qu’il s’agit d’inventer de nouveaux produits qui permettent notamment d’échapper à l’impôt. C’est pourquoi ce rapport propose que la Commission puisse adapter par « comitologie » la définition des produits d’épargne à l’évolution des marchés dans ce domaine.

Le troisième acquis de ce texte n’est pas le moindre. L’Europe établit une liste sans précédent de paradis fiscaux ou centres offshore et de structures et entités juridiques suspectes. Contrairement à la liste du G20, le Parlement européen a notamment inscrit dans sa liste les Etats américains du Delaware et du Nevada. Mais la contribution du Parlement vaut principalement par les contraintes supplémentaires que nous imposons aux paradis fiscaux. Là où la Commission proposait une liste limitée de territoires et d’entités, le Parlement renverse la charge de la preuve. Il impose à ces juridictions de démontrer que toutes les personnes morales suspectes sont fiscalement transparentes. Ainsi l’Union européenne se dote d’un instrument puissant de lutte contre la fraude fiscale qui renvoie aux paradis fiscaux le soin de faire la preuve de leur conformité avec les exigences de l’Union en matière de transparence fiscale.

Le Parlement a pris ses responsabilités. La balle est maintenant dans le camp du Conseil européen. Un député socialiste minoritaire en Europe a obtenu l’engagement du Parlement européen en faveur de l’abrogation du secret bancaire d’ici à 2014. Nul doute qu’un chef d’Etat conservateur majoritaire en Europe saura obtenir du Conseil un résultat identique.

Par WEB UMA2A - Publié dans : Economie Fiscalité
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Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /2009 09:42
par Jean-Jacques Chavigné

 

 

 

 

A propos du FMI

Le FMI dont les plans d’ajustement structurels avaient conduit à la banqueroute ses « meilleurs élèves » comme l’Argentine ou (tout dernièrement) l’Islande et qui avaient contribué à jeter dans la misère des centaines de millions d’habitants des pays du Sud, ressurgit en force.

Le FMI est doté par le G20 de 750 milliards de dollars supplémentaires financés par les réserve financières des Etats-Unis, de l’Union Européenne, du Canada, du Japon et de la Chine et par la possibilité d’émettre une monnaie spécifique, les Droits de Tirage Spéciaux (DTS) et donc de faire fonctionner la planche à billets.

Malgré ses promesses d’accompagner la croissance économique par une plus grande cohésion sociale, il mène toujours la même politique. Alors qu’il faudrait augmenter les salaires directs et améliorer les prestations sociales et les services publics (santé, retraite, assurance chômage, transports, énergie…) le FMI conditionne, comme il l’a toujours fait, ses prêts à la réduction des déficits publics et donc, pour lui, à la baisse des salaires et des prestations sociales, à la réduction des services publics.

La Hongrie a eu le triste privilège d’être le premier Etat de l’UE à faire appel au FMI.

En contrepartie d’un prêt de 12,5 milliards d’euros, ce pays a dû accepter de réduire ses services publics et de supprimer le 13ème mois que percevaient ses retraités. Le FMI exige une baisse du déficit public de la Hongrie qui s’élève à 3,8 % de son PIB. Le déficit public des Etats-Unis est, quant à lui, supérieur à 12 %. Heureusement, pour lui, sa position de superpuissance lui permet, malgré l’énormité de ses déficits, de se passer des crédits du FMI.

Jeffrey Francks, négociateur du plan de « soutien » à la Roumanie conditionne l’octroi d’un prêt du FMI à une réforme des systèmes de salaires dans le secteur public et du système de retraite.

En Lettonie, le FMI a exigé une baisse de 15 % des salaires des fonctionnaires.

L’Ukraine a jugé (pour combien de temps ?) que les conditions imposées par le FMI étaient « inacceptables ».

Le Mexique qui avait été quasiment acculé à la ruine par le FMI durant les années 1980 a dû de nouveau faire appel à un prêt de 47 milliards de dollars de cette institution.

On ne peut qu’être saisi d’effroi à l’idée que le FMI, complètement discrédité, sort puissamment renforcé de cette réunion du G20 et que les effets de la crise obligeront de plus en plus de pays à faire appel à ses crédits.


Une régulation de la finance ?

L’ère du secret bancaire n’est pas terminée, contrairement à l’annonce de Sarkozy et les « paradis fiscaux » ont toujours un bel avenir devant eux.

A la demande du G20, l’OCDE a établi quatre listes de « paradis fiscaux » : blanche, grise, gris clair, noire. Mais Jean-Claude Junker, qui n’avait pas digéré l’inscription du Luxembourg sur la liste gris clair a vendu la mèche en affirmant ne pas comprendre pourquoi des « paradis fiscaux » notoires comme le Delaware, le Wyoming, le Nevada ou la City de Londres ne figuraient pas dans la liste noire ou les listes grises. Hongkong, Macao ne sont pas non plus sur la liste grise ou noir en fonction de quelques vagues promesses mais surtout du poids nouveau de la Chine.

On peut d’ailleurs s’interroger sur l’avenir de ces listes et sur le sérieux de l’OCDE dans leur établissement. En 2000 des listes noires avaient déjà été établies par l’OCDE, le Groupe d’Action Financière (GAFI) et le Forum de stabilité financière. Plusieurs dizaines de « paradis fiscaux » avaient alors été recensés. Il y a quelques mois, il n’en restait plus que trois (Andorre, le Liechtenstein et Monaco). Et, tout d’un coup, à la veille de la clôture de la réunion du G20, l’OCDE produit une liste de 42 « paradis fiscaux ».

Le G20 ne dit d’ailleurs pas un mot des sanctions qui pourraient frapper ces pays.

En réalité, le « paradis fiscaux » ont fait et feront sans doute encore quelques concessions de forme pour pouvoir changer de listes. Mais rien ne changera sur le fond. Ainsi, la Suisse que l’on dit avoir fait un pas en avant, considère que son secret bancaire ne peut être levé qu’en cas de « fraude fiscale » mais pas en cas d’ »évasion fiscale ». Ce qui en réduit considérablement la portée. Les informations à une administration fiscale ou à un juge étranger ne seront, de toute façon, données, en fonction des critères de l’OCDE, que dans la mesure où existe un début de preuve de fraude ou d’évasion fiscale. Pour Christian Chavagneux (Le Monde du 4/04/2009) « on reste très loin du principe d’échange automatique d’informations, qui permettrait au fisc ou au juges de partir à la pêche aux infos quand ils ont simplement une suspicion, mais pas encore de preuve ».

Ce n’est pas ainsi que les centaines de milliards de dollars qui, selon la Banque Mondiale, échappent au fisc pourront être, demain, frappés d’imposition. Il faudrait pour cela des méthodes beaucoup moins timorées que celles préconisées par le G20. L’interdiction pure et simple du secret fiscal et bancaire ou l’obligation pour les multinationales de déclarer leurs revenus dans chacun des pays où elles opèrent, par exemple.

 

 Un Conseil de Stabilité Financière (CSF) remplacera le Forum de Stabilité Financière (FSF) créé en 1999 pour répondre à la crise née de la faillite du fonds spéculatif (hedge fund) LTCM. Il aura théoriquement un rôle de « supervision de toutes les institutions financières et les produits et les marchés ayant une importance systémique ».
Mais son rôle risque d’être des plus symboliques. Tim Geithner, le nouveau secrétaire au Trésor américain vient, en effet, de déclarer au Financial Times qu’il estime qu’une « autorité nationale doit avoir la responsabilité de la supervision globale de ses institutions ». Comme le souligne « La Tribune » du 31 mars 2009, « En clair, pas question pour l’Etat américain de déléguer la régulation de Wall Street à une instance internationale ». Le CSF n’aurait donc rien pu faire (s’il en avait eu la volonté) pour empêcher la crise des « subprime » à l’origine de la crise financière actuelle.
 

Les « Hedge funds » (ou fonds spéculatifs) ont aussi de l'avenir.

Le G20 demande qu’ils s’enregistrent auprès des autorités. Pour l’économiste Dominique Pilhon, la seule question qui se pose est pourtant celle de leur asphyxie pure et simple. Ils n’ont en effet aucune utilité économique, leur rôle est purement spéculatif. Mais la City, par exemple, n’a aucune volonté de contrôler ces fonds. Et, comme, malgré le rôle symbolique du CSF, les contrôles resteront nationaux, les sociétés qui gèrent ces « hedges funds » n’ont pas trop de souci à se faire.

   

Les rémunérations des banquiers et des traders sont renvoyés aux conseils d’administration des banques. Et, aussi bien aux Etats-Unis qu’en France, il a été aisé de constater leur bonne volonté quand il s’agissait de diminuer leurs mirifiques bonus, leurs parachutes dorés et autres « retraites chapeaux ». Le G20 a donc raison de leur faire toute confiance : rien ne changera vraiment.

 

 Les problèmes posés par les produits « dérivés » qui, sous prétexte de garantir les spéculateurs contre les risques multiplient, en fait, ses derniers n’ont pas été abordés.
 

 La question de l’ « effet levier » qui permet de vendre ou d’acheter des titres en ne possédant en couverture qu’une toute petite partie des titres ou des sommes nécessaires au dénouement de l’opération n’a pas non plus fait l’objet de la moindre décision. Pourtant, ces « innovations » financières avaient joué un rôle important dans la propagation de l’actuelle crise financière. La seule mesure efficace aurait été d’interdire les produits dérivés et de fixer très haut (50 à 75 %) les titres ou les sommes devant servir de couverture à une opération spéculative.

Enfin, la libre circulation des capitaux n’a pas été touchée, ni de près, ni de loin. Les capitaux, sûrs de leur mobilité, pourront continuer à imposer leur loi à des salariés beaucoup moins mobiles.

 

 

 


Par WEB UMA2A - Publié dans : Economie Fiscalité
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Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /2009 09:26

par Liêm Hoang Ngoc

Le sommet du G20 a pris conscience de la double nécessité de réguler les marchés financiers et de mettre sur pied des plans massifs de relance de l’économie, tout en moralisant le capitalisme financier et en dressant une liste noire des paradis fiscaux. Pour autant, lorsqu’il s’agit de passer aux travaux pratiques, quatre questions essentielles restent en suspens. Elles doivent être prises à bras le corps par les socialistes, s’ils entendent mettre à mal la stratégie de communication de Nicolas Sarkozy et engager offensivement la campagne européenne.

 




Régulation des marchés ?

 

Le communiqué invite à une meilleure régulation des marchés financiers. Il attire notamment l’attention sur la nécessité de surveiller les engagements hors bilan, liés au processus de titrisation, par lequel les risques ont été découpés et disséminés auprès des épargnants du monde entier. Or rien n’est dit sur la réglementation de la titrisation (va-t-on limiter le volume des crédits titrisés ?). Rien n’est évoqué quant à l’institution chargée d’y veiller (le FMI ?), la Banque des Règlements Internationaux à Bâle ?). La réforme des normes comptable recommandée par le G20 (imposant un montant de réserve en capital à proportion des crédits engagés) est, en tous les cas, de faible portée tant que les banques peuvent sortir de leur bilan les crédits risqués par le biais de la titrisation.

Par ailleurs, le bilan des banques n’est toujours pas assaini, comme l’a souligné le directeur du FMI la semaine précédant le sommet. Aux Etats-Unis, deux prix Nobels (Joseph Stiglitz et Paul Krugman) ont récemment souligné les limites des plans Paulson et Geitner. Ces plans consistent en la constitution de caisses de défaisance (Bad Bank) destinées à racheter les actifs toxiques pour nettoyer les bilans des banques. Le plan Geitner fait même participer les fonds spéculatifs à la constitution de la Bad Bank. Il les subventionne à hauteur de 100 milliards de dollars pour qu’ils rachètent les « pommes pourries ». Il espère ainsi organiser une spéculation à hausse en faisant miroiter aux fonds spéculatifs que ces actifs toxiques puisse prendre à nouveau de la valeur. Il faut souligner que l’administration démocrate est fortement influencée par les milieux d’affaire new-yorkais d’où est issu le nouveau Secrétaire d’Etat au Trésor Tim Geitner (ainsi que son prédécesseur Henry Paulson). En France, l’Etat a recapitalisé les banques une première fois à hauteur de 10,5 milliards, sans entrer dans leur capital, ce qui représente une erreur économique majeure, dans le contexte actuel de défiance à l’égard des valeurs bancaires. Celles-ci ont continué à subir la spéculation sur le marché action, minant les ratios de solvabilité des banques. Il a donc fallu procéder à une deuxième vague de recapitalisation de 10,5 milliards. L’Etat vient à nouveau de recapitaliser de 5 milliards BNP-Paribas. D’autres recapitalisations seront probablement nécessaires.

Partout, l’incertitude qui pèse sur les bilans renforce la spéculation contre les valeurs bancaires, d’autant que de nouveaux actifs toxiques surgissent à mesure que les défauts de paiement consécutifs à l’octroi de crédits risqués s’accumulent avec la récession. Stiglitz et Krugman en appellent pour leur part à une entrée massive de l’Etat dans le capital des banques afin de rassurer les marchés, mettre un terme à la spéculation sur le marché action (qui mine les ratios de solvabilités des banques) et à la crise de liquidité sur le marché interbancaire. En France, l’entrée de l’Etat au capital des banques, à hauteur des sommes engagées permettrait, à tout le moins, de réorienter la politique de crédit des banques et de poser les jalons de la constitution d’un pôle public financier.


Relance ?

 

Le communiqué du G20 a invité les gouvernements à mettre sur pieds des plans de relance d’une ampleur de 5000 milliards de dollars, sans en préciser les modalités de financement. Il existe trois moyens pour financer la politique budgétaire. Le financement par l’impôt et l’emprunt ne permettront pas de couvrir l’intégralité des sommes nécessaires, d’autant que les taux d’intérêt commence à se tendre dans de nombreux pays (E-U, Allemagne, Irlande, Espagne, Grèce…). Reste donc la création monétaire. La Fed a ainsi annoncé le 18 mars le rachat de 300 milliards de bons du Trésor. En Europe, une telle monétisation des déficits est interdite par le statut de la BCE. Celle-ci tarde de plus à réduire ses taux aux niveaux (quasi nuls des taux américains et britanniques, entretenant par là même la surévaluation de l’euro).

Par ailleurs, le « surmoi néo-libéral » de la commission européenne l’empêche de permettre des mesures d’une telle importance. Celle-ci rappelle déjà à l’ordre certains pays membres pour déficits excessifs alors que les circonstances exceptionnelles avaient été prononcées pour suspendre il y a peu le pacte de stabilité. La commissaire à la concurrence ne manque pas de monter sur ses chevaux chaque fois qu’un Etat recapitalise une banque ou aide une industrie. Il faut donc réviser les statuts de la BCE, changer cette commission à l’occasion des élections et réformer explicitement le régime des aides d’Etat pour engager les véritables mesures de relance recommandées par le G20.

Le G20 aurait pour sa part pu se garder prendre le protectionnisme pour bouc émissaire en sous-entendant qu’il fut responsable de l’effondrement de l’économie mondiale après le krach de 1929. C’est au contraire une phase de libre-échangisme qui a précédé la première guerre mondiale et le boom des années 20. Aux Etats-Unis, la dépression qui a suivi fut avant tout liée à l’effondrement de la production automobile et de la construction. Ces deux secteurs ne souffraient aucunement, à l’époque, de la concurrence internationale, mais furent victimes de la contraction de la demande intérieure américaine.


Moralisation du capitalisme ?

 

Le débat autour de l’encadrement des revenus des dirigeants ne doit pas devenir l’arbre qui cache la forêt. L’Etat peut naturellement intervenir sur la politique salariale dans les entreprises dont il est actionnaire. Dans le secteur privé, si des branches dépassent, quelle que soit la nature du revenu (stock option , parachute doré…), le meilleur instrument pour les couper au même endroit, chaque année, pour que ne se forme pas une nouvelle classe de rentiers, est l’impôt progressif sur le revenu (nos propositions sont à cet égard particulièrement au point et il faut saisir l’aubaine de les promouvoir à l’occasion du débat contre le bouclier fiscal). Il est dans ce cas nécessaire de s’attaquer véritablement aux paradis fiscaux pour prévenir l’évasion fiscale.

Enfin, moraliser le versement des hauts revenus ne doit pas masquer la crise du pouvoir d’achat des revenus moyens et modestes. Leur stagnation est l’une des causes de la croissance ralentie que subit le noyau dur de l’Europe. Dans le modèle anglo-saxon et chez ses clones espagnols et irlandais, la modération salariale a eu pour corollaire la montée de l’endettement privé qui a conduit à l’éclatement de la bulle financière. Or, le sommet du G20 est resté silencieux sur les problèmes macroéconomiques engendrés par la montée des inégalités de revenus, tandis que les « réformes structurelles », que l’actuelle Commission Barroso appelle de ses voeux à poursuivre, entretiendront une norme de répartition des revenus défavorable aux salaires.


Nouveau Bretton Woods ?

 

Nicolas Sarkozy a énormément communiqué sur un « nouveau Bretton Woods ». Pour autant, la refondation du Système Monétaire Internationale a été littéralement écartée. Celui-ci reste un régime d’étalon dollar. Or, compte tenu du déficit de la balance des paiements américaine, la défiance vis-à-vis du dollar pourrait s’aiguiser et conduire à une crise de change internationale. De surcroît, le rapatriement des avoirs de la Chine pour financer sa demande intérieure est un facteur de dépréciation supplémentaire du dollar. Le tout entraînerait une nouvelle appréciation de l’euro, dommageable pour la France, de nombreux pays du Sud de l’Europe, et même l’Allemagne, à l’heure où ses exportations sont en berne.

Un « nouveau Bretton Woods » s’incarnerait par la création d’une monnaie de réserve internationale, telle que celle qu’imaginait Keynes en 1945. Celle-ci serait gérée par le FMI et reposant sur un panier de monnaies. L’accroissement des Droits de Tirages Spéciaux permettrait de financer les pays en difficulté et en mal de liquidités. L’accroissement des moyens du FMI est un premier pas dans cette direction. Il reste à en redéfinir les missions, ainsi que la représentativité des différents pays. Il est clair que compte tenu de ses réserves de change, la Chine détrônerait rapidement des Etats-Unis si ce critère était pris en compte pour définir le poids relatif de chaque pays.

On comprend mieux pourquoi le gouverneur de la Banque de Chine a milité avant le sommet en faveur d’une telle monnaie de réserve internationale. Elle renoncerait alors à une stratégie de dumping monétaire alignée sur un dollar faible pour se recentrer sur la relance de sa demande intérieure. L’occasion serait alors donnée de rediscuter avec la Chine d’une authentique stratégie de « juste échange ». En tous les cas, la question mûrit et un rapport de force international de nature à « convaincre » les Etats-unis d’abandonner le régime d’Etalon dollar paraît nécessaire. La constitution d’un tel rapport de force s’avère pour le moins contradictoire avec l’allégeance transatlantique militaire faite dans le cadre de l’OTAN.

Par WEB UMA2A - Publié dans : Economie Fiscalité
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Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /2009 22:58
[Pétition PS]



La France traverse la plus grave crise économique et sociale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Loin de prendre la mesure de la situation, le gouvernement n’a toujours pas adopté le plan de relance dont notre pays a besoin.

Le paquet fiscal adopté par la majorité UMP-Nouveau Centre dès le mois de juillet 2007 est une mesure profondément injuste qui accentue les inégalités en protégeant les plus fortunés des Français. Sa suppression permettrait de dégager 15 milliards d’euros par an et de mener une vraie politique pour améliorer le quotidien des Françaises et des Français et sortir la France de la crise.

Grâce au bouclier fiscal, en 2008, année de déclenchement de la crise, 834 contribuables disposant d’un patrimoine supérieur à 15 millions d’euros ont, chacun, perçu un chèque de l’État de 368 000 euros ! La Grande-Bretagne ou les États-Unis ont décidé de faire contribuer les plus riches à lutter contre la crise ; en France l’UMP s’accroche désespérément à son bouclier fiscal et s’enferre dans l’inaction.

C’est pourquoi, je demande la suppression du paquet fiscal et du bouclier fiscal.

 

Signez la pétition

Par M J - Publié dans : Economie Fiscalité
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